Artaud et son billot

Le billot d’Artaud

« Le billot, sur lequel Antonin Artaud, chargé en laudanum, aimait frapper à coups de marteau depuis son asile d’Ivry-sur-Seine, est conservé à l’abbaye de Beaulieu, non loin de Caylus, dans le Tarn-et-Garonne. On peut voir le poète en pleine action dans “En compagnie d’Antonin Artaud” de Gérard Mordillat. » – Étienne Ruhaud

En lisant cette publication du poète Étienne Ruhaud, j’ai immédiatement pensé à cet extrait de l’interview d’André Voisin réalisée par Alain Virmaux, concernant le billot utilisé par Artaud à Ivry.

« À la maison de santé, il jouait de ce couteau pour faire sortir les mots. Par exemple, il écrivait une phrase, et tout d’un coup il butait sur un adjectif, ça ne lui plaisait pas : “Non, ce n’est pas celui-là !” disait-il. “Il faut cogner, monsieur Voisin, il faut cogner !” Alors il attrapait le couteau, et il cognait : il avait fait un trou énorme dans le bois de son lit. Je lui ai dit un jour : “Ce n’est pas raisonnable, les gens vont croire que vous voulez détruire le matériel de la maison de santé ; on va vous en faire le reproche ; je vais vous acheter un billot de bois !” Et en effet, par la suite, il s’est beaucoup servi de ce billot. Je lui avais rapporté aussi un petit piolet de montagne, avec lequel il cognait sur le billot. Alors là il ne détériorait plus rien, mais plus tard, quelqu’un de ses amis que je voyais chez lui l’après-midi, sans doute Paule Thévenin, m’a raconté qu’un jour, dans un accès de travail et de violence, il avait cassé ce marteau en je ne sais combien de morceaux ! Et pour cela il avait fallu une force physique redoutable, et certes il avait une fantastique énergie, mais pour forger les mots il les arrachait du néant, il se les arrachait de lui-même. Toute la gangue disparaissait. »

Selon plusieurs témoignages, ce billot de bois était situé entre la porte et le lit. Artaud l’utilisait principalement pour atténuer sa douleur ou pour illustrer le rythme de ses poèmes. Il frappait alors le bois, faisant voler de légers éclats, tout en hurlant chaque mot du texte, syllabe par syllabe.

Re re ghi
reghéghi
geghena
a zoghena
a gogha
riri

Le marteau d’Artaud

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