// ARTAUD // : Une révolte scénique portée par Julie Louart

Inspirée par Antonin Artaud, Julie Louart conçoit un théâtre organique où le corps, la parole et le cri deviennent les vecteurs d’une révolte viscérale. Avec // ARTAUD //, elle dépasse les mots pour transformer la scène en un lieu de vérité brutale. Ce spectacle hybride brouille les frontières entre art et réalité, invitant le public à devenir acteur d’une confrontation intense avec l’invisible.

Julie Louart ne cherche pas à émouvoir ou à divertir ; elle veut déranger, secouer, éveiller les consciences. Pour elle, “le cri” n’est pas un simple acte vocal, mais l’expression urgente d’une révolte contre les conventions artistiques et les silences imposés. // ARTAUD //, à son image, est un seul en scène métaphysique qui dépasse le vivant et plonge l’audience dans un face-à-face brutal avec la vérité.

Avec Nicolas Avinée en performance et une équipe multidisciplinaire, // ARTAUD // promet une expérience théâtrale totale, où chaque geste scande l’urgence de dire et d’agir.

Première maquette : le 17 octobre à 15h20 au Théâtre de l’Opprimé.

Performance : @nicolasavinee
Metteuse en scène : @julielouart
Création Lumière : @cecile_botto_lighting
Scénographie : @romane_fauz_
Création vidéo : Ben Massy
Création sonore : @davidhess2020

Chronique après avoir vu la maquette du 17 octobre 2024 : Julie Louart et l’exploration théâtrale des ombres d’Artaud

Le 17 octobre 2024, j’ai eu le plaisir de découvrir, au Théâtre de l’Opprimé, la première étape du projet de Julie Louard. Un projet auquel je crois beaucoup, porté par les ambitions, l’engagement et la passion presque obsessionnelle de cette jeune metteuse en scène pour son travail. Bien que ce qui ait été présenté ne soit qu’une première étape de travail, je n’ai aucun doute : ce sera un très beau spectacle sur Antonin Artaud. Cet extrait racontait la quête d’un comédien étudiant Artaud en quête d’une vérité profonde. De vrais livres d’Artaud sont placés sur scène, on reconnaît facilement la biographie de Maeder ou le Quarto publié aux éditions Gallimard. Petit à petit, d’un monde plus réaliste, on se transporte dans un univers plus onirique, comme si la mise en scène cherchait à nous plonger dans une sorte d’inconscient d’Artaud. Le projet est déjà ambitieux, avec des images fortes, une ambiance sonore immersive de percussions rappelant le style de Roger Desormière ou Xenakis, et un jeu d’acteur intense. On y trouve une atmosphère étrange, évoquant l’univers de Nosferatu de Murnau, parfois cyberpunk avec des tuyaux, de grands masques inspirés des dessins théâtraux de jeunesse d’Artaud. Des lettres écrites depuis Rodez résonnent, et l’acteur interagit avec une matière, une sorte de boue qu’il applique sur son corps comme un danseur de buto japonais, se métamorphosant en une larve prête à éclore, comme un papillon, comme si cette métamorphose révélait une vérité organique et profonde. L’engagement de Julie Louart et de son équipe est palpable, tout comme leur volonté de dépasser la simple représentation théâtrale pour matérialiser sur scène, de façon organique, l’essence du cri de souffrance et les tourbillons qui agitent l’esprit d’Artaud.

Je suis particulièrement heureux de constater que, ces dernières années, de plus en plus de spectacles, comme la récente représentation du travail sur Artaud d’Elizabeth Czerczuk, ne se contentent plus de raconter sa vie ou de transmettre ses textes, mais cherchent à provoquer une expérience sensorielle, palpable et marquante. Qu’on y parvienne ou non, là n’est plus la question. Ce qui importe, c’est cette volonté de réaliser les fondements du théâtre de la cruauté. La vraie question est désormais la suivante : jusqu’où sommes-nous prêts à aller ?

Si Julie Louart veut monter un beau spectacle sur Artaud, le pari semble déjà gagné. Mais si elle cherche à aller plus loin, à explorer des territoires où aucun metteur en scène n’a encore osé s’aventurer (pas même Artaud, du moins durant sa carrière théâtrale), et à réincarner le théâtre de la cruauté, des obstacles restent à franchir. Les idées et intentions sont là, et elles sont claires, mais à titre personnel, il m’a manqué un peu plus de mouvement, de folie, de cris et de gestes denses, bruts, qui craquent et bouleversent. J’ai trouvé cette première étape très belle, mais pour les prochaines, j’attends qu’on me surprenne, qu’on m’éblouisse, qu’on me fascine, qu’on me dérange, qu’on me fasse perdre mes repères, qu’on me trouble, secoue, ébranle, qu’on me montre quelque chose que je n’ai jamais vu auparavant, et que je ressente des émotions inédites. Julie Louart a la force nécessaire pour surmonter ces défis, mais pour insuffler à la scène une vitalité aussi palpable, crue et sauvage que la vie elle-même, elle devra briser les conventions du théâtre occidental et peut-être même se libérer de l’ombre écrasante d’Artaud.

En guise d’autocritique, je dirais que Julie Louart, comme moi, travaille trop sur Artaud, alors que ce qu’Artaud cherchait n’avait rien à voir avec Artaud lui-même. Peut-être que ce défi est inatteignable, peut-être que cela doit demeurer une utopie, ou peut-être que notre époque n’y est-elle pas encore prête. Mais il est essentiel d’en être conscient. Contrairement à la majorité des artistes qui abordent Artaud, Julie Louart possède cette rage intérieure, cette volonté, cette folie de tenter l’impossible. Pourtant, quel que soit son choix, elle doit savoir que suivre ce chemin de régénération de la vie sur scène pourrait impliquer des sacrifices, et que, si elle ne se prépare pas mentalement à une telle remise en question et à de violents bouleversements intérieurs, elle ne sortira peut-être pas indemne de cette aventure de déconditionnement palpable.

Lien YouTube pour voir la maquette de Julie Louart présentée le 17 octobre 2024 au Théâtre de l’Opprimé : https://youtu.be/4q1dyth0pD8?si=m2U-Q7enra13ECtP


Lien YouTube pour visionner des extraits de la présentation d’Artaud par Elizabeth Czerczuk, à laquelle François Audouy et moi avons ensuite participé lors de la table ronde : https://youtu.be/Q35HRjru7eA?si=F29a25IO-q3cxaaQ


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